PARIS NICE 2004 vécu par Guy Yan  

Arrivé sur la 14 ème édition avec une préparation de 5300 Km, je prends le départ aux portes de l’aéroport d’Orly, très étonné de me retrouver entouré d’autant de spectateurs.

La sortie de la région parisienne fut étonnante ; rues, routes et ponts nous étaient réservés. Une pensée pour nos organisateurs locaux et leurs difficultés à obtenir des autorités les autorisations nécessaires pour circuler sur nos départementales.

380 coureurs sont « lâchés » pour rejoindre Auxerre.  

Le passage vallonné dans la forêt de Fontainebleau scinde le peloton en « petits paquets ».

Avec Maurice (RAT), nous échangeons nos premières impressions et plus particulièrement sur le balai incessant des motards qui par leur détermination barrent les diverses routes nationales que nous traversons ou empruntons en toute sécurité,  FA BU LEUX.

« Maurice, il serait dommage de devoir abandonner sur chute à la première étape, tu ne crois pas » évoquant les heures de selle qu’il a fallu pour être là.

A plus de 40 Km/h nous nous dirigeons vers le premier ravitaillement (Km 127)

Au Km 105, catastrophe ! chute … ma tête frappe lourdement le bitume ; le casque explose. Sonné, je reste quelques minutes à terre avec une forte douleur au coude droit. Immédiatement le motard de la croix rouge me dispense les premiers soins. Des coureurs impliqués dans la chute prennent mon vélo, me redressent le guidon, remettent en place les poignées de freins, les roues et finalement,  je constate peu de dégât matériel apparant.

Maurice me « tire » vers le ravitaillement avec un fort vent défavorable et une température voisine de 35 °c au niveau du bitume. Péniblement, le moral très atteint, je reste dans la roue de Maurice qui dépense sans compter son énergie.

Avec détermination, je rallie Auxerre.

Aux urgences, les radiographies sont encourageantes pour le Staff médical de l’épreuve. Aucune fracture, seulement une entorse au coude.

Ralliant ma chambre et pensant qu’une bonne nuit de repos me ferait le plus grand bien, les douleurs apparaissent avec le refroidissement musculaire. Au fil des heures l’hématome prend de l’ampleur et me provoque une perte de mobilité du bras droit.

Malgré la visite de Maurice et d’Alain (Mihiet, notre animateur préféré) pour me remonter un moral au plus bas, à 2 h 00 du matin j’appelle mon épouse pour organiser mon rapatriement. Connaissant mon caractère et ma déception si j’abandonnais, elle me suggère d’attendre le matin pour recueillir l’avis du Médecin avant de prendre une décision d’abandon que je pourrais regretter.

Au levé de 5 h 00 et sans avoir pu dormir, je prends contact avec le médecin puis le Kinésithérapeute : Dominique VEAU. Ce dernier me dit « rien de cassé ; poursuivre n’aggravera pas ton cas ; tout dépend si tu es fort dans ton mental pour supporter la douleur ».

Je n’ai pas pu dire non à Dominique, pensant au drame que cette personne avait du faire face deux ans auparavant. En effet, adepte de la bicyclette, Dominique fut amputé d’une jambe à l’occasion d’un terrible accident avec un autocar qui l’a renversé alors qu’il s’adonnait à son sport favori.

Bravo Dominique pour ton mental et surtout pour avoir repris ton vélo sur l’étape nous menant à Lamoura.

Malgré un évanouissement au petit déjeuner dû probablement au contre choc, je prends le départ de la deuxième étape, longue de 200 Km.

Je traverse le Morvan avec ses côtes multiples en tirant sur mon bras gauche sans pouvoir ni me mettre en danseuse, ni changer mes vitesses arrières (seules possibilités : 40 / 50)

Avec les encouragements des coureurs, et des organisateurs, 2 minutes avec l’un, 5 minutes avec l’autre, Maurice et son neveu Ludovic (Leforestier) restent toujours à mes côtés, et sous l’effet des antalgiques, je rejoins Chalon-sur-saône.

C’est çà les amis du vélo.

Je revois mon objectif : Atteindre Nice ; fini la bagarre en tête d’épreuve. Précisons qu’aucun classement n’est organisé, excepté le meilleur grimpeur et le Fair Play. L’objectif des organisateurs : nous faire plaisir.

Les premiers contreforts du Jura apparaissent. Les premiers signes de mon rétablissement aussi. Je peux, en me penchant fortement sur le côté, pousser sur mon levier et ainsi changer les vitesses arrières. L’atteinte de  Lamoura, ville d’arrivée de la troisième étape fut pour moi une revanche.

Au petit matin du quatrième jour, après avoir passé une bonne nuit sous somnifère, nous escaladons le col de la Faucille, première grosse difficulté de la journée. Je dois, pour me reposer le dos, me placer en danseuse. Objectif atteint après de nombreux essais. Mon rétablissement est bien engagé.

Au passage de la frontière Suisse, les douaniers laissent apparaître des signes d’encouragement. L’arrivée à Martigny fut grandiose. Des centaines de personnes nous attendaient. Quelle Pasta partie les Suisses nous avaient préparée !

De la chambre d’hôtel, Maurice et moi contemplons les pentes du col de la Forclaz que nous devons gravir le lendemain matin après seulement 2 Km d’échauffement.

Col de la Forclaz, col des Montés, la traversée de Genève dans les roues de Raymond Martin et Bruno Cornillet (je rappelais à ce dernier sa victoire dans un Paris – Bourges dont l’arrivée eut lieu à la tombée de la nuit dans des conditions dantesques), le passage dans Chamonix et sa vue sur les glaciers, la côte de Domancy et ses 18 % où fut couronnée notre champion du monde Bernard Hinault, furent  pour moi des moments intenses.

L’arrivée aux Saisies clôture cette cinquième étape.

Sixième jour, une étape de grimpeur. Après quelques kilomètres d’ascension dans le col du Glandon, il me vient l’envie d’appeler de mon portable François (K woinch vous connaissez ?) pour lui transmettre un petit bonjour et partager ma joie de faire du vélo sur ces routes mythiques du tour de France. Et oui, la forme revient.

Les 3 derniers kilomètres de ce col par le versant nord, aux dires des connaisseurs sont les plus redoutables des cols alpestres, apparaissent à l’horizon. Un camion transportant visiblement un lourd chargement est également à la peine et ne roule guère plus vite que nous.

Le peloton traverse Bourg-d’Oisans sans discuter. Concentration ou angoisse ? L’Alpe d’Huez est bien là.

Prudent, j’aborde les premiers lacets sur la réserve puis me libère. L’objectif de cette étape est d’arriver devant Maurice. Objectif atteint de quelques encablures. Le pauvre ! Je profitais de la fracture de sa clavicule en février dernier qui lui a fait gagner deux « petits » kilogrammes. Tout cela en pure amitié bien sûr. Il faut bien s’amuser.

La station de l’Alpe d’huez nous attendait avec un lunch gargantuesque. Une tartiflette finissait de nous rétablir.

Dans ce Paris – Nice, la gestion de mon alimentation n’a pas été un exercice facile. Manger suffisamment mais sans excès, et ça fut le plus difficile compte tenu des petits déjeuner à l’anglaise, des ravitaillements on ne peut mieux préparés et des dîners dans les restaurants très chics dont celui de la Famille Franck Picard où le papa à vraiment le sens de l’accueil.

La septième étape  nous conduit à Valloire après l’ascension de la Croix de Fer, du Col du Mollard et du Télégraphe. A deux kilomètres du sommet de ce dernier, mon pneu arrière éclate. Une voiture suiveuse me dépanne dans les cinq minutes qui suivent.  Toujours aussi stupéfait par l’organisation.

Cette étape courte nous a permis de toiletter nos vélos.

Passer le Galibier dès 8h00, avec 10°c affiché au thermomètre est exceptionnel. Les murs de neiges nous canalisent  jusqu’au 2642 mètres d’altitude.

Le franchissement de l ‘Izoard nous a permis de nous recueillir sur la stèle de Fausto Coppi et Louison Bobet. L’ascension du col de Vars est redoutable, non pas par sa pente, mais par la température qui règne sur bitume.

Nice se profile au loin. IL ne reste plus que 165 kilomètres. Je ressens à ce moment là à la fois une joie intense d’atteindre mon objectif et aussi un début de saturation. La fatigue est bien présente.

Mais avant, il faut franchir le col de la Bonnette, col le plus haut d’Europe avec ses 2802 mètres. Un site exceptionnel, d’une beauté remarquable. Ses pentes couvertes de pâturages verdoyants teintés de couleurs multicolores par ses fleurs sauvages et où les marmottes, aussi surprises que nous, regardent passer le peloton.

Après quelques kilomètres sur la descente de la nationale 202, le Directeur de course nous annonce un éboulement rocheux. « Un détour est nécessaire avec seulement le passage d’une côte d’environ 5 à 6 Km ».

Gaillardement et encore bien groupé, le peloton attaque ce col de saint Martin avec Fougue. C’est le Der.

Arrivée au village de saint Martin, le compteur affiche déjà neuf kilomètres d’ascension. Il en restait encore huit. Une fontaine me permet de me rafraîchir les idées en plongeant la tête dans une eau claire et fraîche.

Au bas du col, un peloton d’une cinquantaine d’unités se forme. Les hommes ont hâte d’en finir. C’est à plus de 45 Km/h que les plus costauds nous emmènent dans les faubourgs de Nice.

Le passage sur la promenade des Anglais est magique.

Après un lunch des plus réussi – le détour de 30 Km avait donné faim au 384 rescapés qui se jetaient sur les « canapés » – nous regagnons nos hôtels.

Quant à nous, Maurice, Alain, Ludovic et moi, prenons le temps de savourer une bière Picon, prélassés à la terrasse d’un café.

Le lendemain, les avions nous ramènent à Orly où nous attendait la cérémonie de clôture avec la remise des trophées.

Encore une fois, quelle Organisation !

Mon récit vous a peut être paru un peu long. J’avais seulement promis quelques lignes à notre metteur en scène de VELO18, et amis Jean Jacques.

Cette épopée si riche en évènements ne m’a pas permis d’être plus court.

Oui Paris – Nice 2004, j’y étais.

Oui Paris – Nice 14 ème édition, je l’ai fini.

Bravo mesdames et messieurs les bénévoles ; bravo l’assistance médicale sans qui je n’aurais pas connu cette joie, bravo les coureurs, bravo les Amis et chapeau Monsieur André Leroux, Président de l’Association Sportive Des Aéroports de Paris.

Merci à vous tous, où pendant votre épreuve, j’ai appris à faire du vélo autrement.

Guy